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    Léon Trotsky

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    Johann Wolfgang von Goethe

La socialisation des pertes met les Etats en péril

Posted by spqr sur lundi, 10 août, 2009

Nouriel Roubini

Les fragiles « jeunes pousses », les signes sinon de reprise, tout au moins de ralentissement de la chute apparus ce printemps, indiquent-il que nous sommes tirés d’affaire ?
Roubini, s’il constate que les interventions massives des autorités financières et les relances budgétaires ont sans doute évité le pire, ne participe pas du consensus prévoyant un retour à la croissance dès la fin de cette année.

L’année 2010 sera encore perçue comme une récession, estime-t-il, même si techniquement une légère reprise se dessine.

Mais il s’inquiète également du risque dont se sont chargés les Etats : faute d’avoir tranché dans le vif du système financier en restructurant la dette et en faisant supporter une partie des pertes aux créanciers, l’énorme masse des créances douteuses, désormais garantie par la collectivité, pèsera lourdement sur les budgets en venant s’ajouter aux coûts des plans de relance, et pourrait provoquer un désastre, en brisant les reins de ceux qui ne parviendraient plus à se financer. Intervention de Roubini à un colloque organisé par New York Review of Books, rassemblant également Bill Bradley, Niall Ferguson, Paul Krugman, George Soros et Robin Wells.

Par Nouriel Roubini :

Il est assez clair maintenant qu’il s’agit de la pire crise financière et économique et de la pire récession depuis la Grande Dépression. Un certain nombre d’entre nous s’en inquiétaient depuis un certain temps. A ce stade, c’est devenu un lieu commun.

La bonne nouvelle, c’est probablement qu’il y a six mois, le risque existait d’une quasi dépression. Mais nous avons assisté à une réaction très déterminée des autorités américaines et mondiales. Je pense que les décideurs politiques ont finalement perçu l’abîme : ils ont vu l’économie se contracter à un taux supérieur à 6% aux États-Unis et dans le monde entier, et ont décidé d’utiliser la quasi-totalité des armes à leur disposition. De ce fait, je pense que le risque d’une quasi-dépression a été quelque peu réduit. Je ne pense pas que sa probabilité soit de zéro, mais vraisemblablement nous n’allons pas subir en une.

Toutefois, le consensus devient aujourd’hui plus optimiste et affirme que nous allons passer de moins 6% de croissance à une croissance positive au second semestre de cette année, ce qui signifie que la récession se terminerait en Juin. Pour le quatrième trimestre 2009, le consensus estime que la croissance sera positive, à 2%, et pour l’an prochain supérieure à 2%. Aujourd’hui, concernant ce nouveau consensus des prévisionnistes macroéconomiques – qui se sont trompés par le passé – mon point de vue est beaucoup plus pessimiste.

Je suis d’accord sur le fait que le taux de contraction de l’économie se ralentit. Mais la contraction se poursuit sur un rythme accéléré. Je prévois que l’économie se contracte sur l’ensemble de l’année, passant de moins 6% à moins 2%, et non pas plus 2%. L’année prochaine, la croissance sera très lente, de 0,5%, contre les 2% prévus par le consensus. Le taux de chômage s’établira également cette année au dessus de 10%, et est susceptible d’avoisiner les 11% l’année prochaine. De ce fait, l’année 2010 sera encore ressentie comme une période de récession, même si techniquement nous sommes sortis de la récession.

Les perspectives pour l’Europe et le Japon, à la fois pour cette année et l’année prochaine, sont encore pire. La plupart des économies avancées auront des résultats pire que ceux des États-Unis pour un certain nombre de raisons, y compris les facteurs structurels au Japon et la faiblesse des mesures prises dans le cas de la zone euro.

Les problèmes du système financier sont très graves. Beaucoup de banques sont insolvables. Si on ne veut pas finir comme le Japon, avec des banques zombies, il est préférable, comme Bill Bradley l’a suggéré, de procéder comme la Suède l’avait fait : prendre le contrôle des banques en faillite, les nettoyer, séparer les bons et les mauvais actifs, puis les revendre rapidement au secteur privé.

Concernant la question des politiques menées, il n’y a pas de contradiction entre l’ assouplissement monétaire et l’assouplissement budgétaire. Les deux devraient stimuler la demande, et l’assouplissement monétaire devrait également permettre la restauration de crédit. Bien sûr, dans une situation où l’économie souffre non seulement d’un manque de liquidité, mais aussi des problèmes de solvabilité et d’un manque de crédit, la politique monétaire traditionnelle ne fonctionne pas aussi bien. Il faut également prendre des mesures non monétaires, et il faut assainir les banques. Nous avons besoin d’une relance budgétaire, parce que chaque segment de notre économie est en forte baisse : la consommation, l’investissement résidentiel, la construction non résidentielle, les investissements, les stocks, les exportations. La seule chose qui peut augmenter et soutenir l’économie pour l’instant, c’est la politique de dépenses budgétaires du gouvernement.

US_deficit

Toutefois, la politique budgétaire ne peut pas résoudre les problèmes de crédit, et n’est pas sans coût. Au cours des quelques années à venir, elle va ajouter environ 9 trillions de dollars à la dette publique. Niall Ferguson a déclaré que c’était la fin de l’époque de l’effet de levier. Ce n’est pas vraiment le cas. Il n’y a pas de désendettement, de delevaraging. Il y a toutes les dettes du secteur des ménages, des banques et des institutions financières, des entreprises, et maintenant nous avons décidé de socialiser ces créances douteuses et de les porter au bilan du gouvernement. C’est la raison pour laquelle la dette publique est en augmentation.

Alors qu’au contraire, lorsqu’existe un problème d’endettement excessif, on doit convertir cette dette en participations. C’est ce que l’on fait lors des restructurations d’entreprises : convertir la dette non garantie en capital. C’est ce que l’on devrait faire avec les banques : inciter les créanciers à convertir leurs créances en actions. On pourrait procéder de même avec le marché du logement.
Mais nous ne mettons pas en œuvre cette conversion de la dette en participations. Ce que nous faisons, c’est d’empiler la dette publique au-dessus de la dette privée et de socialiser les pertes. A un moment donné, les reins de certains gouvernements pourraient se rompre, et si cela arrive, ce sera un désastre. Nous avons donc besoin de mesures d’incitation fiscales à court terme, mais nous avons également à nous inquiéter sur le long terme la viabilité des finances publiques.

Nouriel Roubini
Nouriel Roubini is Professor of Economics
at the Stern School of Business at NYU (New York University),
Chairman of RGE (Roubini Global Economics) Monitor
and weekly columnist for Forbes.com.


Illustration : prévisionnel du déficit budgétaire US par le gouvernement et le Congressionnal Budget Office


Source : New York Review of Books


Découvert sur : Contre Info


Les passages en gras ou en italique le sont par spqr. Les liens sont ajoutés par spqr.

Additif par spqr :

notesNotes :

Publié par spqr le 10 Août 2009

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