Le Président reçoit le Directeur de la Sécu
Posté par spqr le Vendredi, 27 juin, 2008

LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Mes respects, Monsieur le Président.
(debout à l’entrée du bureau présidentiel ; l’huissier tient encore la porte)
LE PRÉSIDENT – Asseyez-vous
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Monsieur le Président, je suis très honoré de l’audience que vous m’accordez.
LE PRÉSIDENT – Je vous écoute.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Monsieur le Président, je pense que vous vous doutez des raisons de ma demande d’audience.
LE PRÉSIDENT – Oui, votre déficit abyssal. Venons-en au fait, que proposez-vous ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Oui, mais pas seulement pour ça. Et bien Monsieur le Président, pour le déficit, le problème est toujours le même, ces patients qui dépensent trop, ces médecins qui prescrivent trop, tout ces arrêts de travail injustifiés…
LE PRÉSIDENT, agacé – Et alors ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Et bien Monsieur le Président, il m’est venu un ensemble d’idées nouvelles.
LE PRÉSIDENT, amusé – Plusieurs idées à la fois, et nouvelles en plus ! J’ai hâte de les entendre.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Et bien Monsieur le Président, voilà, nous allons prendre toute une série de mesures courageuses :
- rembourser les longues maladies à 35% au lieu de 100%
- interdire aux médecins de prescrire plus de trois médicaments à la fois
- multiplier les contrôles des patients
- obliger les médecins à…
(Le Président l’interrompt d’un geste bref de la main)
LE PRÉSIDENT – Si ces mesures étaient appliquées, vous ne seriez plus en déficit ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – C’est cela, Monsieur le Président.
LE PRÉSIDENT – Au bout de combien de temps espérez-vous atteindre l’équilibre des comptes ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – En trois ans, Monsieur le Président.
LE PRÉSIDENT – Et ensuite ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Euh… il est probable que cela ne suffira pas ; dans trois ans, nous ferons un point et là, il faudra sûrement encore réduire les prestations, les remboursements, le nombre d’hôpitaux, de médecins, de cliniques, augmenter les cotisations et supprimer les examens coûteux sans cela nous n’y arriverons jamais.
LE PRÉSIDENT – Bien. Maintenant, nous allons parler sérieusement. J’ai une autre méthode à vous proposer.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, se penchant en avant, subitement intéressé – Ah oui !?
LE PRÉSIDENT – Pour cela, j’ai besoin de votre participation. Prenons les chiffres 1, 2, 3 si vous voulez bien.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Oui.
LE PRÉSIDENT – Bien. Alors, je vous propose de choisir un chiffre de 1 à 3.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Euh… 1.
LE PRÉSIDENT – Bien. Choisissez maintenant un chiffre différent de 1 compris entre 1 et 3.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Euh… 2.
LE PRÉSIDENT – Parfait. Maintenant, convenons que 1 représente les 10 premiers jours de mois et 2 les jours du mois entre 11 et 20, vous me suivez ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, complètement perdu – Euh… oui.
LE PRÉSIDENT – Maintenant, je vais vous poser quelques questions. Première question : combien êtes-vous à la Sécu ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, du tac au tac – 181 095 personnes. Et justement, Monsieur le Président, c’est l’occasion pour moi d’aborder le sujet principal pour lequel j’ai sollicité cette audience ; c’était pour vous soumettre une requête ; nous manquons de moyens pour faire face à nos obligations administratives qui ne cessent d’augmenter et je souhaitais…
LE PRÉSIDENT, l’interrompant d’un geste bref – Je sens que nous allons nous mettre d’accord, ma méthode portera sur ces moyens.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, tout réjoui – Aaaah !….
LE PRÉSIDENT – Poursuivons nos questions ; seconde question : combien y a-t-il d’habitants en France, Outre-Mer compris ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, du tac au tac – 65 184 091 habitants hier à onze heure du matin. Mais, vous savez, avec les mesures que j’envisage, ne plus rembourser les soins de longue maladie, vous savez, ce nombre est appelé à baisser rapidement à moyen terme, ce qui ne pourra n’avoir qu’un effet…
LE PRÉSIDENT – Bien, bien, continuons, s’il vous plaît. Combien l’Allemagne a-t-elle d’habitants ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Euh… je crois… ça doit être 80 millions.
LE PRÉSIDENT – Oui, c’est à peu près cela. Combien y a-t-il de fonctionnaires de la Sécu dans ce pays ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, très embarrassé – Euh…là….Je ne sais pas du tout. Je ne me suis jamais posé la question…
LE PRÉSIDENT – Ils sont 90 000.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Ah ! Intéressant. Mais vous savez… en Allemagne…
LE PRÉSIDENT – En proportion de la population française, combien cela ferait-il ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, soudain inquiet – Euh… c’est délicat… vous savez, ce n’est pas simple… Il faudrait que je soumette le problème à notre chef-comptable et alors… je vous donnerai une réponse précise.
LE PRÉSIDENT – Non, non, je n’ai pas besoin d’une réponse très précise. Allons ; disons que cela ferait environ 60 000, vous me suivez ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, de plus en plus inquiet – Pas très bien…
LE PRÉSIDENT – Et bien maintenant, nous allons faire la synthèse et la mise en application de ma méthode. Les jours du mois de 1 à 20, ce sont des jours de naissance de vos employés. Me suivez-vous toujours ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, interrogateur – Oui.
LE PRÉSIDENT – Tous ceux qui sont nés entre le premier et le vingt d’un mois sont licenciés.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, la bouche grande ouverte, semblant manquer d’air, les yeux agrandis – Vous ne pensez tout de même pas… 60 000, ce n’est pas possible. Nous ne pourrons jamais y arriver…
LE PRÉSIDENT, commençant à écrire – Mais si, voyons, c’est simple, vous serez bien d’accord que 60 000 fait le tiers de 180 000 ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Bien… oui.
LE PRÉSIDENT, toujours écrivant – Et vous serez aussi bien d’accord que les vingt premiers jours du mois font bien les deux tiers d’un mois ?
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Bien… oui.
LE PRÉSIDENT, continuant toujours à écrire – En procédant comme cela, nous sommes impartiaux. En choisissant par jour de naissance nous échappons à toute contestation. Avec les chiffres que vous avez vous-mêmes tirés au sort, pas de distinction de race, de sexe, de religion, d’âge, de salaire, de fonction, de poste ou que sais-je encore. C’est im-par-tial.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Je le reconnais.
LE PRÉSIDENT, lui tendant la lettre qu’il vient d’écrire – C’est parfait, il ne vous reste plus qu’à signer l’ordre que je viens de rédiger.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Où ?
LE PRÉSIDENT – Ici, en bas à gauche, là où est votre nom.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, lui rendant la lettre – Ça va être dur, vous savez.
LE PRÉSIDENT – Ce n’est qu’une question d’habitude, vous verrez, vos employés feront 35 heures par semaine au lieu de les faire en un mois. Et le temps de bavardage sera divisé par 9.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, écarquillant les yeux – Pourquoi par 9 ?
LE PRÉSIDENT – Dans une organisation française, le temps de bavardage augmente en fonction du carré des effectifs, donc si je divise les effectifs par trois le temps de bavardage sera divisé par 9.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, hochant la tête – Évidemment !
LE PRÉSIDENT, appuyant sur un bouton de sonnette – je vous remercie de votre collaboration, notre audience est presque terminée.
(l’huissier entre dans la pièce)
(Le Directeur de la Sécu se lève et s’apprête à prendre congé).
LE PRÉSIDENT – Ah ! juste un dernier point.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU – Je vous écoute, Monsieur le Président.
LE PRÉSIDENT – Vous êtes révoqué aussi.
LE DIRECTEUR DE LA SÉCU, protestant – Mais… je suis né le 25 !!
LE PRÉSIDENT – Alors faisons comme si vous étiez né le 15.
(Le Directeur de la Sécu sort accompagné par l’huissier).
(Rideau.)
spqr
SPQR TV étant encore au stade embryonnaire, nous ne pouvons pas vous jouer cette pièce ; cela viendra.
« Les personnages et les situations de cette pièce étant réels, toute ressemblance avec des personnes ou des situations imaginaires serait fortuite. » (Raymond Queneau)
Publié par spqr le 27 Juin 2008
Cet article a été publié le Vendredi, 27 juin, 2008 à 3:11 et est classé dans Humour, Santé, Social, Théatre. Taggé: ALD, CNAM, déficit, remboursements, Sécurité Sociale, soins. Vous pouvez suivre toutes les réponses à cette entrée à travers le RSS 2.0 flux. Vous pouvez laisser une réponse, ou TrackBack à partir de votre propre site.


















































commissaire a dit
C’est juste excellent et si seulement….:-P
juliette03 a dit
Excellemt, SP, j’ai bien envie de te répondre sur mon blog en mettant ton lien..C’est dommage, je ne sais pas faire en ne mettant qu’un mot et en vous disant de cliquer dessus..Comment on fait ? Ca ferait aussi connaître ton blog à mes visiteurs..Tes sujets sont tjrs pertinents..
Deborah a dit
Lu et approuvé… en partie!! ;o)
BIsous
Deborah
stella a dit
Etant concernée par les mesures préconisées par le Grand Manitou de la CNAM, j’ai particulièrement goûté cette petite pièce que tu as mis en ligne, très proche de la réalité.
Merci spqr. bonne journée
Deborah a dit
BOnjour Sp,
)
Je suis flattée de constater que tu as gardé certains de mes articles en mémoire et te remercie de les avoir cités!
Bisous
Bon dimanche
Deborah