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Témoignage d’une étudiante non syndiquée mais néanmoins engagée

Posté par spqr le Dimanche, 25 novembre, 2007

Camille BourélyPar Camille Bourély :
 
Madame la ministre,

Étudiante en bi-licence histoire sciences politiques à l’université Paris 1, sur le site de Tolbiac, je fais partie des étudiants désespérés par les blocages. Mon témoignage vous semblera sûrement long, j’espère que vous aurez toutefois quelques minutes à y consacrer. J’essaye d’être la plus objective possible.

Depuis le début de l’année scolaire, les étudiants se voient sans cesse distribuer des tracts pour des Assemblées Générales. Bien que de bord politique différent, je suis allée à plusieurs, pour m’informer de la situation.

Vers la mi-octobre, ces AG se sont faites plus nombreuses, se déroulant toujours de la même façon : quelques élèves, dans un amphi, rappellent le vote de la loi dite d’autonomie des universités et embrayent dessus, chacun pouvant en théorie intervenir librement, avec un temps de parole d’environ trois minutes.

Mais en réalité, ce sont, bien évidemment, toujours les mêmes qui parlent, des « leaders » des mouvements actuels. Ils sont préparés, connaissent leur sujet, et manipulent très bien la foule (j’ai lu Psychologie des foules, de Gustave LE BON, il est très facile d’analyser le déroulement de ces AG). Soit. Mais ils s’égarent tout de même en parlant de trop nombreux sujets pour pouvoir être un mouvement solide (loi Hortefeux, cartes étudiantes… tout est mélangé).

Un jour, un mardi, à 13h, j’ai été, ainsi que mes camarades plus particulièrement touchée par ces AG : l’amphi N du site de Tolbiac, où nous avons histoire contemporaine avec madame Fourcaut à 13h ou à 14h, une heure par semaine, a été réquisitionné par des étudiants voulant y faire une AG. C’est tout à fait compréhensible, car l’amphi N est le plus grand de Tolbiac. Le fait qu’il l’est pris « par la force » l’est moins.

Cependant, la très grande majorité des étudiants d’histoire a souhaité avoir cours, mais le vote, non démocratique, et à main levée, incluant des éléments extérieurs qui plus est, en a décidé autrement. Après s’être battu pour avoir cours, sans pour autant parvenir à pouvoir s’exprimer au micro, nous avons dû nous résigner. La plupart d’entre nous ont abandonné car nous avions d’autres cours, mais madame Fourcaut n’a pu donné son second cours non plus. Quand on a 12 cours d’une heure chacun, au cours du semestre, la perte d’un cours est déjà énorme. Si ce n’était que ça…

Dans la semaine, les étudiants ont voté le principe de grève. Avec nombre de mes amis, nous nous sommes forcés à supporter la fumée extrêmement nocive des cigarettes. Il est malheureusement devenu habituel lors de ces réunions de devoir subir la fumée des cigarettes dans les amphis, alors que la loi l’interdit clairement (Article L.3511-7 du Code de la santé publique et décret n° 2006-1386 du 15 novembre 2006 fixant les conditions d’application de l’interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif). Je suis à plusieurs reprises sortie dehors pour respirer, au bord du malaise.

Cependant, je me suis efforcée d’attendre le vote. Nous avions cours à l’heure à laquelle il devait se dérouler, mais nous nous sommes partagés le travail : pendant que certains d’entre nous assistaient au cours et prenaient des notes, d’autres surveillaient le déroulement de l’AG. Ces élèves sont venus nous prévenir au moment du vote.

J’ai alors enjoint mes camarades, après avoir demandé l’accord de notre professeur, à s’unir à nous, pour y prendre part, et tenter de défendre notre droit à l’éducation, qui est un des droits fondamentaux, notamment inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 26). Nous nous sommes déplacés en masse vers l’AG, mais nous étions tout de même, malheureusement, inférieurs en nombre. J’ai néanmoins pris la parole, puisqu’ils en avaient assez que nous perturbions leur ordre du jour par nos revendications et, pour une rare fois, quelqu’un « de l’opposition » a pu s’exprimer.

Ce n’est même pas une question de politique, puisque les avis sur la loi dite d’autonomie des universités sont partagés. Si, personnellement, je trouve votre loi nécessaire à un renouvellement de la méritocratie et une revalorisation des diplômes, d’autres ne partagent pas mon avis. Ces élèves pensent avant tout à la mise en place d’un texte alternatif, sorte d’écrit inter-universitaires, avec la participation des différents syndicats étudiants, mais sont contre le principe de blocage, qui décrédibilise les mouvements. Les étudiants sont tout de même autorisés à manifester, à faire des pétitions pouvant même aller jusqu’à révision des lois… Il est difficile à croire que des étudiants grévistes puissent simplement se contenter de bloquer, en empêchant les autres de travailler.

Aux AG, les élèves osant prendre la parole ne le font même pas pour défendre leurs convictions politiques, il s’agit seulement de personnes contre le principe de blocage.

Le seul fait de s’y opposer entraîne une réputation de fasciste, quelque que soit la tendance politique à laquelle on appartienne. J’ai vu une fille de ma promotion le faire à une AG précédente, elle a été très courageuse, et s’est faite huer. Mais je me suis dit que si personne ne réagit, la grève serait votée. Je me suis donc lancée dans la promotion de nos droits juste avant le vote. Même si celui-ci, à main levée, était anti-démocratique au possible, force est de constater que nous étions tout de même inférieurs, les personnes contre le principe de blocage ne s’étant pas suffisamment déplacées.

Enfin, le vote était seulement pour le principe de grève, nous nous sommes dits que nous pourrions prévenir le maximum de personnes pour aller à la prochaine Assemblée. Peine perdue, puisque les étudiants « leaders » décidèrent de tenir l’AG sur « notre » heure de cours du mardi, en amphi N… Après de nombreuses discussions, ils acceptèrent de négocier avec l’université, qui leur attribua un autre amphi. Cela ne leur suffisait pas, ils prirent le notre de force, malgré l’opposition vive de notre professeur et de la majorité des élèves. Nous avions déjà manqué une grande partie du cours, et nous sommes donc résolus à faire cours dans un autre amphi, plus petit, insuffisant pour le nombre d’étudiants présents.

Après en avoir discuté avec notre professeur, nous n’avons pu obtenir d’elle que les cours soient rattrapés, par une mise en ligne, ou autre. Je conçois parfaitement son attitude, mais il n’en demeure pas moins que les étudiants sont pénalisés. Ainsi depuis ce mardi 30 octobre, les cours ne sont plus assurés sur le site de Tolbiac, qui est malheureusement assez simple à bloquer, étant une tour. Les étudiants grévistes bloquent tous les jours l’accès, quant ce n’est pas l’université qui ferme administrativement pour prévenir des dégâts, dégâts matériels qui ont eu lieu lundi dernier avec le découpage de plusieurs portes à la scie sauteuse. Je constate simplement que cette attitude de non respect du matériel ne fait que décrédibiliser leur mouvement.

Enfin, une autre évidence s’impose d’elle-même : le blocage et la grève étudiante sont totalement illégaux. Le droit de grève est certes inscrit dans le préambule de la Constitution, mais les étudiants, n’ayant pas d’employeurs, ne doivent pas pouvoir se mettre en grève. Par ailleurs, ce droit entre en conflit avec le principe constitutionnel de la liberté de travail.

L’éducation est un droit fondamental, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 26), et donc reprise dans la Constitution française. Le Code de l’éducation est très clair à ce sujet. Si « les usagers du service public de l’enseignement supérieur [...] disposent de la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels, ils exercent cette liberté à titre individuel et collectif » à condition que cela ne porte « pas atteinte aux activités d’enseignement et de recherche » et que cela ne « trouble pas l’ordre public » (Code de l’éducation, Article L. 811-1). Or c’est précisément ce qui se passe.

À Tolbiac, nous n’avons pas pu avoir cours depuis le mardi 30 octobre, et nous ne pourrons probablement pas avoir cours jusqu’à mardi prochain (13 novembre) au moins, date de la prochaine AG. Comme celle-ci tombe le même jour que la grève des transports, inutile de dire qu’il y a de fortes (mal)chances que la grève avec piquets soit reconduite.

J’attire votre attention, madame la ministre, sur une actualité que vous ne connaissez malheureusement que trop bien. Je suis de très près les événements actuels, tout en essayant de concilier un travail personnel difficile, la bibliothèque universitaire étant également fermée. Comme vous l’avez fait remarquer dans les médias, ce sont les étudiants qui pâtissent de cette situation, et nombre d’entre nous n’aurons pas leur semestre, voire leur première année, à cause de cela. La solution, je ne l’ai pas, comment négocier avec des personnes qui n’acceptent aucun compromis ? Il est cependant inacceptable qu’une minorité puisse paralyser complètement, et de surcroît de manière illégale (sic !), la vie de notre université.

En espérant votre rapide intervention, qui permettrait un rapide retour à un rythme de cours normal, ainsi que le rattrapage, dans des conditions décentes, du retard causé par la durée de l’occupation de notre université, je vous présente, madame, l’expression de mes sentiments respectueux,

Une étudiante non syndiquée, mais néanmoins engagée,

Camille Bourély

P.S. : Je permets la publication et l’utilisation de la totalité et/ ou d’une ou plusieurs parties de cette lettre, à condition que le fond de ma pensée ne soit pas perverti par ladite utilisation. Je me tiens également à votre disposition pour tout complément d’information et serai ravie de m’impliquer si cela s’avère nécessaire.

Découvert sur Karta News

Publié par spqr le 25 Novembre 2007.

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La grève étudiante a-t-elle un sens ?

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5 Réponses vers “Témoignage d’une étudiante non syndiquée mais néanmoins engagée”

  1. Revan a dit

    Seule et unique solution : usage de la force publique contre ceux qui bafouent les droits et libertés fondamentales.

    Qu’attend le ministère de l’interieur pour envoyer la mobile, syndrome Malek Oussekine? Il serait temps de guérir, ça fait plus de 20 ans…

  2. J’apprécie la publication de ma lettre, ainsi que votre commentaire sur mon blog, merci beaucoup.

    C’est avec des moyens dont devrait disposer tout étudiant ( un cerveau un stylo et une feuille) que j’ai écrit cela… Mais je suis plutôt enchantée de la diffusion et du débat que cela a entraîné!

    Bonne continuation

    C.B.

  3. [...] récents Camille Bourély sur Témoignage d’une étudi…spqr sur Emeutes de Novembre 2005 : ré…philippe sur Emeutes de Novembre 2005 : ré…spqr sur [...]

  4. jeanphi a dit

    Mademoiselle,

    J’admire votre courage et votre engagement.

    Laisser votre nom vous met même en danger, car il faut savoir que les bloqueurs n’ont que faire de la démocratie. Vous en avez du reste fourni le témoignage.

    Je rêve d’un France dépourvue de cet esprit post 68 qui nous aura fait perdre 30 ans de civilisation par rapport au pays qui nous entourent.

    Un Papy qui avait 20 ans en 68 et qui pensait la même chose qu’aujourd’hui.

  5. geo a dit

    Tu as bien raison, je ne suis plus étudiant depuis juin dernier mais j’ai du supporter un mois de blocage à l’époque du cpe quand j’étais en master et c’est vraiment insupportable de voir des che guevarra d’opérettes manipuler des adolescents idéalistes de 1ère année pour faire un blocage consternant.

    “Vous avez le vin petit et la cuite mesquine, dans le fond vous méritez même pas de boire” Jean Gabin, Un singes en hiver

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